Mohand Inchallah!

On raconte qu'un jour Mohand, un fier paysan du Djurdjura, heureux de sa cueillette d'olives et du gain qu'il a fait grâce à sa vente, se décida à se rendre au "souk el mal " , le marché aux bestiaux , pour enfin acheter cet âne jeune et robuste qui lui fait tant défaut sur les sentiers escarpés et dangereux de Kabylie. Au premier chant du coq , Mohand est prêt , impatient , presque fébrile. Tout en tirant sur sa moustache, il dit à Aldjia, sa femme: " ce soir, je serais de retour avec

le plus beau, le plus cher et le plus robuste des bourricots. Parole de Mohand! "Sa douce épouse lui sourit et lui dit: "inchallah Mohand, inchallah...". "C'est tout vu!" lui lance Mohand. "Il n' y a ni inchallah ni salamalec... je te reconnais bien là femme à toujours douter de mes aptitudes et de mon discernement...mais, tu verras bien..." Sur ce, le voilà parti tandis que Aldjia le suivant jusqu'aux limites de ajmaat " , la place du village, égrainait les prières habituelles et répétait "inchallah, Mohand, inchallah..."
Une fois au souk, Mohand va d'un marchand à un autre, salue des amis et des connaissances, paye le "kawa" chez le cafetier... c'est qu'il est heureux Mohand à s'imaginer déjà de retour au village, sur son bel âne tel un chevalier des contes berbères, faisant mourir d'envie tous les autres paysans. C'est Aldjia qui va être fière le lendemain à la fontaine pour la corvée d'eau. "Alors Mohand! il paraît que tu es enfin riche?" lui lancent des plaisantins. Et Mohand de repartir de plus belle, criant à qui veut l'entendre, sa bonne fortune. Mais voilà! A force de faire son intéressant , il a fini par attirer les quelques pickpockets qui rôdent dans le souk et qui connaissent ses ruelles comme leurs poches. A propos de poches, leurs mains habiles ne tardèrent pas à visiter celles de notre malheureux. A l'approche du midi, Mohand se décide enfin à arrêter ses palabres pour choisir ce bel âne qu'il n'a cessé de convoiter depuis son arrivée. Une fois le marché conclu , non sans avoir auparavant sacrifié aux usages locaux de la négociation , qui consistent à passer de la courtoisie à la colère, de l'énervement à l'éclat de rire ; Mohand le fier, ouvrit enfin son burnous et glissa une main à la recherche de son TAZDAM en cuir.... vous avez, bien sûr deviné la suite.... Ce n'est que très tard dans la nuit que Mohand arriva chez lui. Et dans quel état! Il tambourina à la porte tel un damné et la pauvre Aldjia, déjà très inquiète, cru sa dernière heure arrivée. "Qui est là ?" demanda t-elle Alors une petite voix lui répondit: " C'est Mohand inchallah"...

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